Lauréat du prix Salus Global pour la sécurité des patients 2018

hôpital : CISSS de l'Abitibi Témiscamingue (Pavillon Sainte-Famille)
ville : Ville-Marie,Québec,Canada
Initiative : Mobilisation de l’équipe d’obstétrique de Ville-Marie face aux découvertures médicales

Le contexte : Une pénurie provinciale d’effectifs en anesthésie a amené une découverture majeure en obstétrique dans notre centre hospitalier en novembre 2017. Nous avons été avisés de cette nouvelle le 18 octobre 2017, soit seulement 15 jours avant le début prévu de cette rupture. LA situation conséquemment la fermeture du service d’obstétrique pour 34 différentes semaines de l’année.

Notre contexte géographique est particulier : Ville-Marie est un hôpital isolé de niveau 1 qui opère son service d’obstétrique avec sur place un anesthésiste, un chirurgien général et le médecin de garde en obstétrique (médecin de famille). Nous sommes limitrophes avec l’Ontario. Notre hôpital dessert autour de 16 000 habitants répartis sur plus de 16 000 km2. Pour certaines patientes qui résident en périphérie, le transport pour arriver à Ville-Marie peut parfois prendre jusqu’à 2 heures. Nous sommes situés à    130 km de notre centre de référence, et le trajet se trouve une route secondaire tortueuse où il y a souvent des conditions climatiques défavorables, et où il y a absence de réseau cellulaire sur une portion considérable du trajet.

Pour toutes ces raisons, cette annonce de découverture majeur en anesthésie représentait une catastrophe pour la sécurité de notre population obstétricale : la gestion des risques des longs transferts. Alors une approches multidisciplinaire majeure en prévention des risques s’avérait de mise. Voilà pourquoi AMPRO.

Pendant que la direction du CISSSAT s’affairait à recruter et à travailler au niveau politique pour des solutions définitives, plusieurs autres professionnels et intervenants collaboraient fort sur le terrain afin d’amoindrir les risques pour la sécurité des patientes enceintes et de leur bébé. Toutes ces démarches ont impliqué à divers niveaux l’équipe médicale en obstétrique, la direction du CISSSAT, les infirmières de l’unité multiclientèle et continuum mère-enfant. Les coordonnateurs et infirmières de l’autres unités (urgence, bloc opératoire) ont aussi été impliqués ainsi que les chefs d’unité pour les secteurs mentionnés ci-haut.

L’équipe de base s’est impliquée rapidement et il y a eu plusieurs rencontres des différentes unités concernées. Les divers professionnels étaient sollicités pour trouver des solutions. Les cadres supérieurs ont été informés des rencontres d’équipes par les cadres intermédiaires. Ils ont été à l’écoute des préoccupations et les ont prises au sérieux.

Également, l’équipe médicale locale a été proactive et très impliquée. Nous avons analysé de nombreuses situations cliniques et complications potentielles des transferts afin d’entrevoir des propositions de solutions à notre portée. Les principaux enjeux retenus étaient :

-Accouchements précipités (plus gestion d’hémorragies et déchirures).

-Manque d’équipements dans les ambulances pour réanimation de nouveau-né (un incubateur de transport ne peut être apporté dans l’ambulance avec la mère car manque d’espace).

-Impossibilité d’effectuer une césarienne d’urgence dans certaines situations qui peuvent être critiques vu délais de transferts de plus de 2h (siège en travail, suspicion rupture utérine sur AVAC, décollement placentaire instable, jumeaux prématurés en travail, etc.).

-Manque de ressources humaines et matérielle: possibilité de non-disponibilité d’une ambulance ou inhalothérapeute en temps requis.

De nombreuses actions de toutes parts ont été accomplies suite à tous ces débriefings :

-L’adoption d’un plan de contingence pour la découverture avec des corridors de services structurés avec le centre de référence de Rouyn-Noranda.

-La signature d’ententes hors-province avec l’Hôpital Temiskaming (Situé à New Liskeard, Ontario) autorisant le transfert de nos parturientes multipares ou primipares plus instables. Ainsi, nous réduisions de moitié le temps passé sur la route. Cette solution inédite a aussi exigé l’arrimage des corps ambulanciers des deux provinces (habituellement les ambulanciers ne sont pas autorisés à traverser la frontière Québec-Ontario).

-La mise en disponibilité d’une solution d’hébergement temporaire à Rouyn-Noranda (chambre de courtoisie) aux patientes en fin de grossesse qui n’ont pas de famille à Rouyn-Noranda.

-Le déploiement d’un deuxième véhicule ambulancier la région pour les transferts ou pour faire suivre un incubateur de transport.

-Une politique permettant si nécessaire la mobilisation d’une équipe de renfort de Rouyn-Noranda (pédiatre, inhalothérapeute, infirmière, incubateur de transport pour nouveau-né et matériel de réanimation).

-L’octroi par la direction d’une garde supplémentaire en inhalothérapie.

-La mise en place d’une liste de garde infirmières pour les transferts en obstétrique. Considérant aussi les risques d’accouchements imprévue durant le transport en l’absence d’un médecin, toutes les infirmières appelées à faire des transferts ont été mises à jour en PRN (programme de Réanimation Néonatale). Ont aussi été élaborées des d’ordonnances infirmières pour médication d’urgence advenant nécessité (syntocinon, soluté, épinéphrine pour nouveau-né, etc). Les valises de transfert maman et bébé ont été bonifiées et étaient vérifiées systématiquement dans les routines infirmières.

-La planification d’exercices de compétence et d’urgences ac=xés sur des situations cliniques potentielles: accouchements précipités sans médecin, AMDE sur les hémorragies post-partum, accouchements dans endroit restreint (pratique accouchement dans une ambulance). Les médecins ont multiplié les séances de pratiques avec les infirmières.

-L’organisation d’un cartable de procédures bien en évidence sur les départements afin d’assurer une communication et des actions fluides pour tous les intervenants concernés.

-L’impression d’un dépliant explicatif qui fut distribué aux femmes enceintes lors de leurs suivis médicaux prénataux : il contenait les informations claires sur les démarches à suivre en cas de début de travail. Il leur était suggéré de se rendre à l’unité afin d’être rapidement évaluées puis transférées de façon sécuritaire. Les patientes recevaient également une copie de leur dossier médical en cas de transfert trop rapide. Un résumé en langue anglophone était aussi rédigé advenant un transfert en territoire ontarien.

-L’ajout sur le site internet du CISSSAT des informations en temps réel concernant les horaires des découvertures qui furent variables durant toute cette année. De plus, les patientes plus directement concernées (en fin de grossesse) étaient individuellement avisée de l’évolution de la situation.

Toutes ces démarches ont été efficacement menées à terme en moins d’un mois, ce qui reflète la sincère volonté des diverses instances envers l’optimisation de la sécurité de notre population.

Enfin, après toutes ces démarches d’organisation, il y avait les suivis, les analyses des cas et des événements. Les débriefings. Les résultats obtenus :

Des rencontres multidisciplinaires bihebdomadaires ont été maintenues par la direction afin de suivre l’évolution des événements, de faire des rétroactions sur les cas et d’améliorer les choses requises au fur et à mesure. Ces rencontres interpellaient les médecins, DSP et des responsables des volets en pré hospitalier et communication.

L’évaluation des mesures comportait plusieurs analyses. Il y a eu l’analyse des délais entre l’heure d’arrivée des parturientes sur l’unité et l’heure du départ de transfert. Il n’y a pas eu de rapports incident/accident en lien avec les transferts effectués.

Il y a eu débriefing d’équipe soignante au retour de chaque transfert. S’il avait des interrogations ou problématiques, cela était aussitôt à la haute direction. L’équipe médicale révisait les dossiers de tous les cas de transfert systématiquement. À la lueur de ces analyses, il était évident que les démarches élaborées avaient été efficaces et justifiées : plusieurs patientes accouchaient dès leur arrivée à l’hôpital de New Liskeard, donc plusieurs accouchements sur la route ont été évités.

En résumé, nous pensons que la philosophie AMPRO et les multiples outils en découlant ont permis d’assurer une meilleure sécurité des patientes de notre région durant cette période de découverture en anesthésie où les transferts à hauts risques ont occupé une grande partie de notre dernière année. Nous avons fait de l’obstétrique, mais de façon fort différente. La collaboration, la communication et la rétroaction ont été au cœur de nos actions. Beaucoup de tragédies ont certainement été évitées grâce au travail de tous ceux qui avaient en tête ce but commun : la sécurité des patientes.

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